Silence radio depuis plusieurs jours, chantier laissé en plan avec les gaines apparentes, promesses de rappel jamais tenues. C’est la situation la plus courante que nous voyons remonter côté GérerMonChantier — et l’une des plus mal traitées en France, faute d’un guide qui distingue clairement l’amiable et le juridique.
Cet article couvre la procédure complète : documenter, relancer, mettre en demeure, résilier, reprendre. Chaque étape s’appuie sur une base légale précise et fournit un modèle prêt à l’emploi. L’objectif : que vous puissiez agir dès aujourd’hui, sans avocat pour la première ligne de défense, tout en préparant un dossier solide au cas où le litige finirait devant un juge.
Un point de méthode avant de commencer : la vitesse ne prime pas sur la trace écrite. Une procédure bien documentée qui prend 3 semaines de plus vaut infiniment mieux qu’une action précipitée sans preuves.
Étape 1 — Documenter avant d’agir
C’est l’étape que tout le monde saute. Erreur classique.
Avant même de relancer, ouvrez un dossier — physique ou numérique — et rassemblez tout ce qui existe déjà :
- Le devis signé et ses éventuels avenants
- Tous les échanges (emails, SMS, WhatsApp, appels notés dans l’historique du téléphone)
- Les preuves de paiement (RIB des virements, chèques encaissés, reçus d’acompte)
- L’état actuel du chantier en photos datées, prise sous plusieurs angles, avec un objet-repère (règle, journal du jour) pour dater visuellement
Notez également, dans un fichier daté, la chronologie factuelle : « 12 mai, artisan devait démarrer, absent, appel resté sans réponse. 15 mai, SMS annonçant un décalage à la semaine suivante. 22 mai, silence total. »
Ce dossier n’a pas vocation à être utilisé tout de suite. Il sera votre socle si le litige monte, et il vous protège d’une erreur fréquente : celle de la mémoire reconstruite après-coup. Les juges civils voient très bien la différence entre un dossier tenu au fil de l’eau et un récit rédigé la veille de l’audience.
Astuce méthodologique : centralisez toute la communication avec chaque artisan sur un seul canal — de préférence email ou un groupe WhatsApp dédié. Un canal éclaté (téléphone + SMS + WhatsApp + mail) rend très difficile la reconstitution ultérieure. C’est précisément ce que résout GérerMonChantier via un journal horodaté automatique.
Étape 2 — La relance amiable, brève et écrite
Avant toute mise en demeure formelle, une relance amiable écrite est presque toujours utile — même si vous êtes convaincu que l’artisan ne répondra pas. Elle sert deux objectifs : (1) donner une dernière chance qui désamorce parfois la situation, (2) constituer une pièce datée qui montre au juge que vous avez été raisonnable.
Le canal préférentiel est l’email, pas le SMS. L’email est archivable, horodaté et facile à imprimer. Le SMS reste utile en complément.
Format court, pas de reproches, pas d’ultimatum. Le ton reste professionnel :
Objet : Chantier [adresse] — point de situation
Bonjour [Prénom],
Je n’ai plus de retour de votre part depuis le [date du dernier échange]. Le chantier est actuellement dans l’état suivant : [décrire factuellement — ex : cloisons montées, gaines électriques posées, plafond non fermé].
Pouvez-vous me confirmer sous 5 jours ouvrés une date de reprise des travaux ainsi qu’un planning des lots restants ? Sans réponse de votre part d’ici le [date + 5 jours ouvrés], je serai contraint(e) d’envisager les suites contractuelles prévues au devis signé le [date signature].
Bien cordialement, [Nom]
Envoyez également en copie tout co-signataire du devis (conjoint, indivision, syndic si travaux en copropriété). Enregistrez la version envoyée en PDF avec la date d’envoi.
Si l’artisan répond avec un engagement précis : bien. Formalisez sa promesse par un email de récapitulation immédiat (« Je note donc reprise le X, achèvement le Y »). En cas de nouvelle défaillance, ce récapitulatif sera une pièce.
Si aucun retour sous les 5 jours ouvrés annoncés, passez à l’étape 3.
Étape 3 — La mise en demeure par lettre recommandée AR
C’est le vrai déclencheur juridique. Sans mise en demeure préalable, vous ne pourrez pas résilier le contrat ni réclamer d’intérêts moratoires. L’article 1231-1 du Code civil est explicite : le débiteur en défaut d’exécution ne doit des dommages et intérêts qu’après avoir été mis en demeure d’exécuter.
Deux règles à respecter :
- Forme LRAR obligatoire — Lettre recommandée avec accusé de réception. Un email en LR-électronique certifiée (via un tiers de confiance comme AR24) fonctionne aussi et coûte moins cher.
- Contenu précis — la mise en demeure doit identifier le contrat, décrire l’inexécution, fixer un délai raisonnable et annoncer la sanction encourue en cas de silence.
Voici le modèle éprouvé :
[Nom, adresse expéditeur] [Nom, adresse de l’entreprise avec SIRET si connu] Lettre recommandée avec accusé de réception Objet : Mise en demeure d’exécuter le contrat de travaux du [date signature]
Madame, Monsieur,
Par le présent courrier, et conformément aux articles 1103, 1224 et 1231-1 du Code civil, je vous mets en demeure d’exécuter le contrat de travaux référencé ci-dessus, portant sur [objet des travaux : ex — rénovation complète de la salle de bain], signé le [date] pour un montant de [montant HT] €.
À ce jour, le chantier est dans l’état suivant : [décrire précisément]. Aucune reprise des travaux n’est constatée depuis le [date du dernier passage constaté]. Plusieurs sollicitations amiables sont restées sans réponse (relance email du [date], SMS du [date]).
Je vous mets en demeure, dans un délai de 15 jours calendaires à compter de la première présentation de la présente, de reprendre les travaux et de me communiquer par écrit un planning des lots restants avec date d’achèvement.
À défaut de reprise effective ou de réponse écrite dans le délai imparti, je serai contraint(e) de considérer le contrat comme résolu de plein droit à vos torts exclusifs, conformément à l’article 1226 du Code civil, et de solliciter le remboursement des sommes déjà versées ainsi que les dommages et intérêts consécutifs (article 1231-1).
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations.
[Signature manuscrite ou électronique] [Nom + date]
À vérifier avant l’envoi : le SIRET dans l’adresse (vous pouvez le récupérer sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr). L’adresse officielle est celle du siège social, pas nécessairement celle inscrite sur le devis.
Conservez le récépissé de dépôt La Poste + l’accusé de réception une fois retourné.
Étape 4 — Adapter la stratégie à votre situation
Toutes les situations d’artisan absent ne se traitent pas de la même façon. Trois cas concrets, trois chemins différents.
Cas A — Chantier pas encore démarré, aucun acompte versé
Le plus simple. Après votre mise en demeure sans réponse, vous pouvez informer l’artisan par LRAR que vous considérez son défaut d’exécution comme une inexécution grave, et que vous renoncez au contrat sans indemnité de part et d’autre. Vous êtes libre d’engager un autre artisan immédiatement. Conservez la mise en demeure et le silence de l’artisan comme preuves.
Cas B — Chantier en cours, acompte versé, absence prolongée
Le cas le plus fréquent, aussi le plus délicat. La mise en demeure de l’étape 3 est nécessaire. Deux issues :
- L’artisan reprend : formalisez tout par un avenant écrit avec nouveau planning et pénalités de retard forfaitaires (généralement 1/1000 du prix HT par jour de retard, plafonnées à 5%).
- L’artisan reste silencieux : passez à la résiliation (étape 6) puis à la reprise avec un autre professionnel (étape 7).
Cas C — Chantier avec malfaçons visibles + artisan silencieux
Cas le plus grave. Vous cumulez le préjudice de l’abandon et le préjudice des malfaçons. Faites intervenir un commissaire de justice (étape 5) pour dresser un constat qui figera l’état des lieux et chiffrera les désordres. Ce constat sera une pièce quasi-décisive au tribunal.
Étape 5 — Le constat de commissaire de justice
Cette étape est facultative mais fortement recommandée dès que le chantier est à l’arrêt depuis plus de 3 semaines ou que des malfaçons sont visibles.
Le commissaire de justice (nouveau nom des huissiers depuis 2022) intervient sur place, prend des photos géolocalisées et datées, décrit précisément l’état du chantier, chiffre les prestations réalisées vs facturées, note les malfaçons apparentes. Le procès-verbal de constat qui en résulte a une force probante importante devant le juge civil — bien plus qu’un simple dossier photo personnel.
Coût : 250 à 500 € TTC selon la complexité, à négocier avant intervention. Pour la trouver, l’annuaire officiel de la Chambre nationale des commissaires de justice.
Le constat est particulièrement pertinent quand :
- La reprise du chantier va nécessiter la démolition partielle de ce qui a été réalisé
- Des factures ont été payées pour des prestations qui n’ont visiblement pas été effectuées
- L’artisan pourrait contester votre chiffrage du préjudice
Étape 6 — Résilier le contrat
Une fois le délai de la mise en demeure expiré sans réponse, vous pouvez notifier la résolution unilatérale du contrat sur le fondement de l’article 1226 du Code civil. Ce mécanisme a été introduit dans le Code civil en 2016 : plus besoin de passer par un juge pour prononcer la résolution, à condition que l’inexécution soit grave.
Envoyez une seconde LRAR notifiant clairement la résolution :
Objet : Notification de résolution du contrat de travaux du [date]
Madame, Monsieur,
Suite à ma mise en demeure du [date], demeurée sans effet à ce jour, je vous notifie, en application de l’article 1226 du Code civil, la résolution du contrat de travaux susmentionné.
Cette résolution prend effet à compter de la première présentation de la présente. Je vous invite à me restituer, dans un délai de 30 jours, les sommes déjà versées correspondant aux prestations non exécutées, soit [montant] €, calculées comme suit : [détail — acomptes versés moins prestations réellement réalisées valorisées au prix du devis].
À défaut de règlement dans ce délai, je saisirai la juridiction compétente aux fins de restitution des sommes indûment perçues et d’indemnisation du préjudice subi.
Salutations.
Vous êtes désormais juridiquement libre de reprendre le chantier avec un autre professionnel.
Étape 7 — Reprendre le chantier et récupérer votre argent
Deux chantiers à mener en parallèle : reprendre les travaux et récupérer les sommes indues.
Reprendre les travaux
Faites établir un devis par 2 ou 3 autres artisans, en documentant précisément ce qu’il reste à faire (le constat de l’étape 5 est ici précieux). Le devis retenu devra distinguer :
- La reprise / démolition de ce qui est mal fait
- L’achèvement de ce qui n’a pas été fait
- Le surcoût par rapport au devis initial (pièce forte pour le préjudice)
Signer le nouveau devis vaut engagement. Faites-le après la résiliation de l’étape 6, jamais avant.
Récupérer votre argent
Si l’artisan ne rembourse pas dans les 30 jours, plusieurs voies :
- La médiation de la consommation (obligatoire avant tout recours judiciaire pour les particuliers). Chaque secteur a son médiateur, la liste officielle est sur economie.gouv.fr. Procédure gratuite, réponse sous 90 jours en moyenne.
- La procédure d’injonction de payer (tribunal de proximité si < 5 000 €, tribunal judiciaire au-delà). Formulaire Cerfa 12946, coût 35 €. Simple et rapide si les preuves sont solides.
- La saisine du tribunal judiciaire pour un litige plus complexe, avec l’appui d’un avocat (protection juridique de votre assurance habitation à vérifier en amont — elle prend en charge les honoraires dans 90% des cas).
Le taux d’intérêt légal court à compter de la mise en demeure (article 1231-6). Sur 2026, il est de 4,45% pour les créances des particuliers.
Ce qui ne fonctionne PAS
Trois erreurs vues très souvent, à éviter absolument :
- Insulter, menacer publiquement, laisser un avis Google diffamatoire. Vous vous exposez à une plainte pour dénigrement (article 1240 Code civil) ou injure publique. Le rapport de force se joue par écrit et par courrier officiel, pas sur les réseaux sociaux.
- Payer d’autres acomptes « pour le motiver ». Un artisan qui a cessé de répondre ne repart jamais grâce à un versement supplémentaire — et vous augmentez d’autant votre exposition en cas de faillite.
- Engager un autre artisan sans avoir résilié le premier contrat. Vous risquez de devoir payer les deux. La chronologie mise en demeure → résiliation → nouvel artisan est impérative.
Verrouiller la suite avec un canal centralisé
Une fois cette situation traitée, la question qui reste est structurelle : comment éviter que ça recommence ? Sur les chantiers que nous suivons via GérerMonChantier, deux pratiques réduisent drastiquement le risque de silence radio :
- Un canal unique de communication avec chaque artisan (groupe WhatsApp dédié ou email projet), qui archive tout automatiquement et rend impossible la reconstruction a posteriori des échanges.
- Un journal daté des passages sur chantier, des décisions prises, des sommes engagées — matière brute d’un dossier en cas de litige, mais surtout signal automatique dès qu’un lot dérive.
C’est ce que fait GérerMonChantier par défaut, sans que vous ayez à y penser. Les échanges WhatsApp remontent dans un journal horodaté, les paiements sont réconciliés avec les factures, et une alerte se déclenche dès qu’un lot n’a pas bougé depuis plus de 5 jours. Le jour où un artisan cesse de répondre, vous avez déjà 100 % du dossier prêt à imprimer.